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CHARLES CROS (1842-1888)

Sous la direction de son père qui est un ardent républicain, Charles Cros étudie, à l’écart des collèges et universités, les mathématiques, la musique et les langues anciennes et modernes ( sanscrit, hébreu, grec, latin, italien, allemand). Une éducation basée sur la réflexion, la curiosité, l’échange.

De 1860 à 1863, il est surveillant à l’Institut des sourds-muets et entreprend brièvement des études de médecine.

Nul doute qu’il ait connaissance des recherches de Becquerel et d’Helmholtz sur l’optique, de celles de ce dernier sur le son, de celles de Flammarion sur l’astronomie ou des recherches de Claude Bernard en médecine — l’époque est en pleine effervescence scientifique — et qu’elles favorisent ses insatiables capacités d’invention.

En 1865, il projette la construction d’un télégraphe au Pérou et expose un modèle automatique à l’Exposition universelle de 1867. Il adresse à l’Académie des sciences une note sur la Reproduction des couleurs, des formes et des mouvements.

En 1869 il publie Moyens de communication avec les planètes puis il présente sa Solution générale du problème de la photographie des couleurs à l’Académie des sciences où , le même jour, à la même séance, sont dévoilées les propositions identiques du chercheur Ducos du Hauron. Celui-ci ignorait les travaux de Cros et réciproquement.  Après avoir mis au point un procédé de synthèse chimique des pierres précieuses, une déconvenue beaucoup plus sévère que celle de 1869 l’attend en 1877. Par un pli à cette même Académie, il expose,  le 30 avril, le principe et la description du phonographe sans déposer de brevet, faute de moyens financiers.  Le 19 décembre de la même année aux Etats-Unis, Edison présente un prototype et s’assure la pérennité de l’invention.

Dans l’autre domaine de ses activités, Charles Cros subit aussi une suite de déboires. Depuis 1869 il est admis dans de nombreux cercles littéraires dont celui de Nina de Villard qui devient sa maîtresse. Il fréquente Verlaine, Coppée, Manet, Villiers de L’Isle Adam, Mallarmé. Mobilisé durant le siège de Paris, il est au côté des fédérés durant la Commune. La paix revenue, il héberge Rimbaud durant une quinzaine de jours en septembre 1871. Il publie en 1873 sans le moindre succès une première version du Coffret de santal. Il fonde en 1874 La Revue du monde nouveau qui disparaît après trois numéros. Elle accueille pourtant Leconte de Lisle, Heredia, Zola, Daudet, Mallarmé, Germain Nouveau et Manet avec lequel Charles Cros réalise l’un des tous premiers livres de peintre : Le Fleuve. En 1875, une seconde édition augmentée du Coffret de santal passe tout aussi inaperçue que la précédente. En 1876, il est exclu de la troisième livraison du  Parnasse contemporain , puis en 1877, à l’échec du phonographe s’ajoute sa rupture avec Nina de Villard.

Même s’il continue ses recherches, s’il est un assidu du club des Hydropathes puis du cabaret du Chat Noir, s’il participe à de nombreuses petites revues, s’il développe des amitiés nouvelles avec Gustave Kahan, avec Jules Laforgue, s’il écrit des monologues qu’interprète avec succès Coquelin cadet et qui préfigurent Jarry et Ionesco, il s’abandonne aux drogues et à l’alcool. Ni son mariage en 1878, ni la naissance de ses deux fils en 79 et 80, ne parviendront à le sortir de son état. Il est « perpétuellement malade ». Perçoit-il les signes positifs : Albert Samain qui le compte parmi les maîtres en poésie, Paul Léautaud qui le découvre avec admiration Le Coffret de santal, Verlaine qui lui consacre une notice dans Les Hommes d’aujourd’hui ?  Il est conscient de ses capacités mais il ressent que le destin lui est contraire. À son  « je sais faire des vers perpétuels » , il oppose « je suis un homme mort depuis plusieurs années » .

Il décède le 9 août 1888. La majeure partie de son œuvre encore inédite sera publié par les soins de son fils Guy-Charles en 1908.

Outre son œuvre littéraire et ses multiples inventions, le nom de Charles Cros a été choisi en 1947  par  une Académie qui décerne des prix convoités dans le domaine de l’enregistrement sonore. La collection Poètes & Chansons a été l’un des lauréats de l’année 2002.

Bernard Ascal

Charles Cros
Bibliographie sélective originale

1873            Le Coffret de santal  (Lemerre, Gay et Fils)
1874            Le Fleuve (Librairie de l’Eau-Forte)
            Illustré de huit eaux-fortes de Manet
1888            La Vision du grand canal royal des Deux-Mers (Lemerre)

Publications posthumes
1908            Le Collier de griffes (Stock)
          Édition établie par Guy-Charles Cros
1970            Œuvres complètes (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade)
            Édition établie par Louis Forestier et Pierre-Olivier Walzer.

Les ENREGISTREMENTS et les MUSICIENS

* P 2005 EPM - RENARD
Enregistré et mixé au studio Baltimore (46260 Limognes) par Serge Bouzouki.
Guitare classique 8 cordes : Michel Dintrich. Guitare nylon : Michel Vivoux. Guitare acoustique : Eric Antraygues.Guitare acoustique et électrique : Jean-Luc Debattice.  Piano, orgue, basse : Nathalie Fortin. Percussion, batterie : Colombe Frézin.
Bouzouki, guitare 12 cordes, guitare électrique, batterie, rebab, saz, guitare portugaise, hautbois,piano, basse frettes, tanbur à archet, accordéon, direction artistique et réalisation : Serge Bouzouki.

** P 1976 Louise Hélène France
Prise de son : Paul Leponce. Guitare : Marc Deneyer.  Flûte : Jean-Paul Laurent. Violoncelle : Benoît Debuyst. Violon : Max t’Kindt et Jeannot Gillis. Trompette, bugle : Richard Rousselet . Batterie : Alphonse Strimel. Tuba : Florestan Hannart. Synthétiseur : Marc Moulin.

*** P INA Mots et merveilles (production Pierre Seghers)

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