Accueil - Disques - DVD - Livres - Jeunesse

Jean COCTEAU (1889 - 1963)

Certains aphorismes de Jean Cocteau font aujourd’hui partie de notre mémoire collective, au point d’être cités par des gens n’ayant parfois qu’une très vague idée de l’immensité de l’œuvre du poète. Or, sous l’apparente légèreté de la formule se glisse souvent une profondeur et une sagacité, dont Cocteau semble s’excuser par avance, par courtoisie. Comme si, chez lui, la fantaisie était la politesse de la lucidité et du désenchantement, comme on le dit fréquemment de l’humour pour le désespoir. L’un de ses apophtegmes les plus connus suggère que : “ Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images ” et, ce qui pourrait sembler n’être qu’une boutade nous en dit, au fond, beaucoup plus long que bien des analyses sur la perception que nous pouvons avoir de l’image de celui qui affirmait, par ailleurs, être : “ Un mensonge qui dit toujours la vérité ”. Une image multiple et surchargée, trop riche pour être aisément perceptible, trop fragmentée pour être précise, comme celles que nous renvoient à l’infini - et jusqu’à la déformation - deux miroirs placés face à face.

De fait, il y a quelque chose d’étourdissant dans le personnage de Cocteau. À commencer par la multiplicité de ses dons. Poète, romancier, dramaturge, scénariste, critique, essayiste, cinéaste, acteur, dessinateur, peintre de fresques, potier, céramiste, musicien, auteur d’argument de ballets… il fut, en artiste attentif aux nouveautés de son époque, le compagnon de route de tous les courants de la modernité : dadaïsme, surréalisme, etc. Les faisant siens, parfois, le temps d’y ajouter sa marque personnelle, élégante, raffinée, inventive, souvent audacieuse et toujours surprenante, avant de poursuivre son chemin vers d’autres directions, au fil de sa curiosité et de ses enthousiasmes.

Cette invraisemblable accumulation de talents, cette  fraîcheur de style, cette aisance et cette virtuosité de tous les instants - malgré le cadre rigide d’une prosodie classique qui ne laisse pas d’étonner chez ce fantaisiste né - cette exceptionnelle fécondité, aussi, pouvant passer pour de la facilité aux yeux d’un observateur paresseux, ont valu à Jean Cocteau une tenace réputation de superficialité. Réputation confortée, si besoin en était, par cette image de mondain qu’il ne lui déplut pas toujours de cultiver ; mais qu’il convient de dénoncer à tout prix, tant l’homme pouvait être profond, grave même, parfois, malgré - ce qui est remarquable - une totale absence de pesanteur et une véritable habileté d’alchimiste à mêler le frivole à l’essentiel. Même lorsqu’il parle des sujets les plus sombres, comme cette mort - la sienne et celle des êtres chers - qui semble le hanter.

Possédé par son art au point d’en faire la raison même de sa vie, Cocteau en classera les multiples facettes sous le seul signe de la poésie : “ poésie de roman ”, “ poésie de théâtre ”, “ poésie critique ”, “ poésie graphique ”, “ poésie cinématographique ”… Cette poésie dont il écrivait, dans son Journal d’un inconnu, qu’elle était : “ une religion sans espoir ”.

Dans le domaine de la chanson, il animera longtemps le célèbre cabaret du Bœuf sur le toit (on l’y verra même jouer de la batterie), et il soutiendra de toute son influence des chanteuses trop en avance sur leur temps pour ne pas être en but à l’hostilité du public, comme Yvonne George ou Marianne Oswald. Il sera également l’ami très proche de Charles Trenet et d’Edith Piaf, pour laquelle il écrira une pièce de théâtre (Le bel indifférent) et qui mourut quelques heures avant lui, le 11 octobre 1963.

Marc Robine

Les ENREGISTREMENTS & Les MUSICIENS

* EPM / TANBUR - p 2002.
Enregistrées et mixées en novembre et décembre 2002, au Studio Baltimore (46260 Limogne), par Serge Bouzouki. Direction artistique et réalisation : Marc Robine. Guitare, banjo et claviers : Hélène Triomphe. Piano, basse et claviers : Dominique Charnay. Flûtes et saxophone : Laurent Hateau. Chant flamenco : Christina Eon. Saz, baglama, basse fretless, bouzouki, claviers, mandoline, guitare folk, percussions et orgue de barbarie : Serge Bouzouki. Guitare ténor : Marc Robine.

** Licence “Des Mots pour Chanter ” - p 1970.
 Enregistré en 1970. Direction musicale et arrangements : François Rabbath

*** Columbia - p 1935. Enregistré à Paris, le 17 décembre 1935. Orchestre sous la direction de Wal Berg.

Les INTERPRÈTES

MARIANNE OSWALD

Née en 1901, à Sarreguemines, en Moselle (alors sous occupation allemande).

Victime de la maladie de Basedow, au cours de son enfance, elle sera opérée de la gorge et restera quasi muette pendant de longs mois, jusqu’à ce que sorte enfin de sa gorge blessée cette voix rauque et terrible, faite pour chanter le drame et le désespoir.

Fuyant la montée de nazisme, elle s’installe à Paris au début des années 30, quelques années après avoir débuté dans les cabarets berlinois, vers 1925.

Elle se produit alors aux Noctambules, à l’ABC, à Bobino et surtout au Bœuf sur le toit, le fameux cabaret animé par Jean Cocteau (qui y jouait de la batterie). L’amitié entre la chanteuse et le poète sera profonde, et ce dernier lui écrira spécialement un certain nombre de chansons, dont ces fameuses “ chansons parlées ” que sont “ Anna la bonne ” ou “ La Dame de Monte Carlo ”, et “ Mes soeurs, n’aimez pas les marins ” dont il composera lui-même la musique. Outre Cocteau - et Brecht, qu’elle sera l’une des premières à interpréter en français - elle prêtera également sa voix à des poètes comme Prévert, Paul Fort ou Gaston Bonheur.

Elle s’éteint à Limeil-Brévannes, en mars 1985, dans un état d’oubli et de dénuement tel que son corps est placé dans la fosse commune. Jusqu’à ce que sa ville natale ne décide enfin de lui offrir une tombe.

COLOMBE FRÉZIN

Née en 1953, à Lille, dans le Nord.

Chanteuse et percussionniste, son approche de la musique et de la chanson se fera au sein de différents groupes de folk (Grelot Bayou), au cours de la première moitié des années 70.

A partir de 1986, elle intègre l’Oboubambulle : troupe de thèâtre de rue dont les créations reposent sur des prestations visuelles extrèmement inventives, portées par une musique où se déclinent toutes sortes d’influences traditionnelles.

Professeur de chant choral en milieu scolaire, depuis 1998, elle se produit également au sein des groupes Marmara et Triple Croche.

En tant que musicienne, choriste et chanteuse (album Robert Desnos), elle participe à la collection Poètes & Chansons depuis sa création.

PHILIPPE BILHEUR

Né en 1955, à La Flèche, dans la Sarthe.

Comédien et chanteur, fondateur de la “ Compagnie du Tapis Franc ”.

Ses années 70 seront marquées par quelques rencontres déterminantes : Arletty, Catherine Sauvage, Charles Trenet et Monique Morelli… dont il sera d’ailleurs le secrétaire artistique de 1976 à 1978.

A partir de 1979 et jusqu’en 1983, il se consacre plus particulièrement au tour de chant, sans négliger pour autant à ses activités de comédien.

En 1999, il publie un CD intitulé Chansons d’auteurs, enregistré en public au Théâtre du Champ de Bataille de La Flèche.

En 2002, il se produit à Avignon.

DENIS D’ARCANGELO

Né en 1964, à Cherbourg, dans la Manche.

Comédien et chanteur, formé à la double école du théâtre de rue (Compagnie du Tapis Franc) et du cabaret (Le Piano Zinc, Théâtre de la Passerelle, Compagnie “ Les Cyranoïaques ”).

Débute dans la chanson en 1987, au Théâtre Déjazet, en première partie de Christian Camerlynck. Par la suite, il crée le personnage de Madame Raymonde, avec lequel il se produit toujours très régulièrement.

En marge de Madame Raymonde, son parcours de chanteur reste parallèle à son travail de comédien (Les Z’années Zazous de Roger Louvet, aux Folies Bergère ; rôle du chanteur réaliste dans Les nuits fauves, le film de Cyril Collard, etc.).

JAMES OLLIVIER

Né en 1935, à Reims, dans la Marne.

Comédien de formation, élève du cours Simon et de Jean Dasté, il débute sur les planches à la Comédie de Saint-Etienne où il interprète Brecht, Shakespeare, Dostoïevski, Molière, etc. avant de se fixer à Paris où il travaille avec Sacha Pitoëff, Jacques Fabri et Marie Bell qui lui offre son premier rôle chantant dans La voleuse de Londres.

Séduit par l’univers de la chanson, il met alors en musique des poètes tels que Verlaine, Aragon, Apollinaire, Desnos, Rimbaud, Bérimont, Supervielle, Cadou, Char, Seghers, etc.

Participant régulièrement aux activités de “ La Fine Fleur de la Chanson ” de Luc Bérimont, son premier disque, sorti en 1964, recevra le Grand Prix de l’Académie du Disque Français, en 1964. Son abondante discographie (où figurent également quelques albums pour enfants) lui vaudra de multiples récompenses, dont le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, en 1969.

Se produisant régulièrement dans les organismes culturels français du monde entier, il sera considéré comme un remarquable ambassadeur de la chanson, jusqu’à sa disparition en octobre 1997.

REMERCIEMENTS ET CRÉDITS DES ÉDITEURS

Nous tenons à exprimer nos plus vifs remerciements au Comité Jean Cocteau ; à son Secrétaire Général Monsieur Stéphane Chomant et, surtout, à son Président Monsieur Pierre Bergé, sans qui ce projet n’aurait pu être réalisé.

Les poèmes de Jean Cocteau, mis en musique ici, sont extraits des recueils suivants : Plain-chant, La Lampe d’Aladin (Éditions Gallimard), Clair-obscur (Éditions du Rocher), Poèmes à Jean Marais (Éditions Albin Michel) et Le Chiffre sept (Éditions Seghers). Que les éditeurs concernés soient particulièrement remerciés pour l’aide qu’ils nous ont apportée.

Retour