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Charles BAUDELAIRE (1821 - 1867)
Dans son immense et magistrale Histoire de la Poésie Française, Robert Sabatier introduit le chapitre consacré à Baudelaire par ce titre : “ Naissance de la poésie moderne ”. Conviction si largement partagée, aujourd’hui, qu’il n’est peut-être pas tout à fait inutile d’essayer de comprendre en quoi résidait alors la modernité de Baudelaire. Car, au regard d’une sévère analyse critique, la chose peut ne pas sembler si évidente. Si l’on excepte les “ petits poèmes en prose ” du Spleen de Paris, dont les premiers textes ne furent publiés qu’à partir de 1862 - soit plus de cinq ans après la première édition des Fleurs du Mal - la métrique et la versification baudelairienne ne sont guère révolutionnaires par rapport à celle d’un Victor Hugo qui, bien des années auparavant s’était attaché à mettre “ un bonnet rouge au vieux dictionnaire ”. Hugo avait depuis longtemps exploré tous les systèmes rythmiques, y compris, parfois, à l’intérieur d’un même poème (“ Les Djinns ” - 1829), et les subtilités de la rime ou de l’assonance, de l’enjambement et des césures décalées n’étaient pour lui que jeux d’enfant. En fin connaisseur qu’il était, il salua “ un frisson nouveau ” chez ce jeune confrère qui lui dédiait plusieurs poèmes ; pourtant, à de rares exceptions près, Baudelaire use d’une métrique relativement conventionnelle, dans ses “ fleurs maladives ” où l’alexandrin et le décasyllabe abondent, entrecoupés, parfois, de vers de cinq ou sept pieds, voire - ce qui est plus banal - de vers de six pieds (qui ne sont jamais que des demi-alexandrins avec rime à l’hémistiche) ou d’octosyllabes, qui sont les deux cadences de base de toute la chanson populaire française.
Quant aux poèmes en prose, du propre aveu de Baudelaire : “ C’est en feuilletant pour la vingtième fois au moins le fameux Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue… ”.
Plus que dans l’audace de la forme, c’est donc du côté de l’inspiration proprement dite qu’il faut chercher l’originalité et l’innovation baudelairiennes. Comme tous les poètes de son temps, Baudelaire est profondément marqué par le romantisme, dont il conserve la plupart des thèmes récurrents : la mort et l’attrait pour le morbide, la malédiction du poète, le spleen, les vicissitudes de l’amour et le goût du voyage et des espaces inconnus. Mais, alors que le romantisme s’appuie sur une exaltation de la nature, se traduisant par la fameuse relation “ nature-état d’âme ”, Baudelaire propose une esthétique beaucoup plus ramassée, dégraissée de toutes digressions lyriques, puisant au cœur même de la réalité - le plus souvent citadine - et une véritable recherche introspective. Ainsi le poète n’est-il plus spectateur, mais véritable objet de sa propre quête spirituelle. Ce qui le conduit, parfois, à épouser une véritable mystique noire, à travers laquelle il nous livre son désordre intérieur, ses espérances, ses défaillances, voire sa déchéance. Quitte à chercher “ La beauté du Mal ” et jouir secrètement du “ Plaisir aristocratique de déplaire ”. En ce sens, Les Fleurs du Mal, cet unique recueil, si ramassé, dont Baudelaire disait : “ Dans ce livre atroce j’ai mis toute ma pensée, tout mon cœur, toute ma tendresse, toute religion (travestie), toute ma haine ! ”, ne pouvait qu’ouvrir la voie à des poètes aussi différents que Rimbaud ou Lautréamont (pour sa part d’anticonformisme et de sédition) ou Mallarmé (pour son implacable rigueur).
Marc Robine
( BIOGRAPHIES )
CATHERINE SAUVAGE
Née en 1929, à Nancy.
Bien sûr, l’une des plus grandes dames de la chanson française de la seconde moitié du XXe siècle. Une présence exceptionnelle et une diction d’une rare intelligence, au service d’un répertoire d’une magnifique exigence.
Sa contribution à la poésie chantée reste immense, puisqu’elle interprétera aussi bien Hugo que Mac Orlan, Prévert, Aragon, Soupault, Carco, Eluard, Desnos, Audiberti, Seghers, Baudelaire, Vian, Lafforgue, Fombeure, Lorca, Brecht, etc. Sans oublier Ferré, dont elle sera la toute première interprète ; ni Vigneault qu’elle aidera à faire découvrir en France, dès 1966. En 1966, elle enregistrera également un album de Chansons libertines. Retirée de la scène, elle renouera avec son premier métier de comédienne pour quelques apparitions dans des séries télévisées, avant de s’éteindre en mars 1998.
JULOS BEAUCARNE
Né en 1936, à Écaussinnes, en Belgique.
Ancien professeur de gymnastique puis d’art dramatique, il commence à écrire ses premières chansons en 1958 et débute en public en 1961. La Belgique qu’il revendique (wallonne) est, en quelque sorte, à l’opposé de celle d’un Brel (flamande) ; ce qui le pose bientôt en influence majeure d’une nouvelle forme de chanson belge d’expression française. Sa passion pour la poésie aparaît dès ses premiers albums où, avec un bel éclectisme, il chante ou dit Baudelaire, Péguy, Shakespeare, Fondane, Elskamp, Wouters, Rostand, Hugo, Claudel, Ramuz, Tardieu, Molière ou le troubadour Peire Vidal. Depuis, son abondante discographie s’est également ouverte à Verlaine, Saint-Exupéry, Eluard, Charles Cros, Nadaud, Supervielle, Cadou, Obaldia, Daudet, Apollinaire, Desbordes-Valmore, Carco, Hikmet, Félix Leclerc et bien d’autres.Prépare actuellement un album consacré aux Poètes belges, pour la collection Poètes & Chansons.
SERGE BOUZOUKI
Né en 1952, à Vierzon.
Ancien pilier de la mouvance folk des années 70, il fonde, en 1975, le groupe Bière Brune et Misère Noire, en compagnie de Marc Robine. Après deux albums personnels, au début des années 80, il rejoint l’Oboubambulle, en 1986. Cette troupe de théâtre de rue, dont les créations reposent sur des prestations visuelles extrêmement inventives, portées par une musique où se déclinent toutes sortes d’influences traditionnelles, lui donnera l’occasion de se consacrer à la composition de musiques de scène. Genre qu’il a depuis étendu à d’autres compagnies. Ingénieur du son, il collabore à la collection Poètes & Chansons depuis sa création
LÉO FERRÉ
Né en 1916, à Monaco.
Premier auteur de chansons à avoir été admis (dès 1962) dans la prestigieuse collection Poètes d’aujourd’hui, dirigée et publiée par Pierre Seghers, il affirmait avec obstination que la poésie devait être portée “ Sur les pianos du cœur et les violons de l’âme… ”. Aussi, en marge de son propre univers poétique, mit-il toujours son formidable talent de musicien au service de la poésie des autres.
À onze ans, il compose sa première mélodie sur un poème de Verlaine (“ Soleils couchants ”). En 1953, il écrit un oratorio “ pour soli, chœurs et orchestre ” sur La Chanson du mal aimé d’Apollinaire. L’œuvre sera créée à l’Opéra de Monte-Carlo, en avril 1954, à l’initiative du Prince Rainier. Par la suite, il consacrera des albums entiers à Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Aragon et Jean-Roger Caussimon, mettant ainsi “ la poésie dans la rue ”, selon une expression qui lui était chère. Installé en Toscane, depuis la fin des années 60, il s’y éteindra, au milieu des siens, de ses vignes et de ses oliviers, le 14 juillet 1993.
LAURENT FRANCOMANO
Né en 1975, à Lagny-sur-Marne.
Contrebassiste de formation, élevé à la double école du classique et du jazz, il sera tour à tour pédagogue (conservatoires de Rambouillet, Collégien, etc.), musicien d’orchestres symphoniques (Saint-Maur-des-Fossés et Meulun) ou de big band (“ A. J. Collégien ”), et accompagnateur de quelques personnalités comme Maxime Saury, Marcel Zanini, Jeff Sicard ou la chanteuse Nancy Holloway. Il découvre la chanson à travers Les fleurs du mal de Baudelaire, qu’on lui offre un jour et qu’il décide immédiatement de mettre en musique. Avec une belle constance puisqu’il compte, à ce jour, une quarantaine de compositions sur les vers de l’auteur d’“ Harmonie du soir ”. Sur scène, il interprète également des œuvres de Francis Blanche, ainsi que quelques uns de ses propres textes.
PATRICK HAMEL
Né en 1956, à Rouen.
Comédien, musicien et chanteur, il commence par suivre les cours du théâtre des Deux Rives, avant de fréquenter l’école de jazz du CIM. Par la suite, ses professeurs d’art dramatique seront Paul Boujenah, Michel Galabru et Michel Voutsinas. Multi-instrumentiste (saxophones, flûte, guitare et piano), il joue successivement au sein de la Compagnie Bernard Lubat et des groupes Urban Sax, Sweet Jazz From Hollywood, Les Bêtes à cornes et Paris-Montréal, faisant son apprentissage d’auteur-compositeur avec ces deux dernières formations. Cette expérience de l’écriture l’amènera à concevoir deux spectacles de théâtre musical pour jeune public (La Planète enchantée et La Forêt musicale). Aujourd’hui, il propose un spectacle de Chants poétiques s’articulant autour de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud.
PATRICK JANVIER
Né en 1955, à Périgueux.
Etudes à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux.
Nombreux voyages à pied, à cheval ou en voiture. Directeur artistique de la Compagnie l’Oboubambulle, troupe de théâtre de rue conjuguant musique, chant et prestations visuelles extrêmement inventives. Assure également, depuis 1997, la mise en scène et la scénographie de plusieurs spectacles de théâtre montés et joués en Afrique de l’Ouest, avec des comédiens et musiciens africains. Prépare actuellement, pour la collection Poètes & Chansons, un album consacré à Saint-John Perse.
KIRJUHEL
Né en 1940, à Paris.
Figure phare de la chanson militante bretonne, dans les années 70, il vient en fait du théâtre où il a eu la chance de travailler avec Jean Vilar, Alain Cuny et Ariane Mnouchkine. En marge de ses activités de comédien, il apprend le piano et la guitare, et écrit plusieurs recueils de poèmes. Découvrant l’impact populaire de la chanson, en 1968, il commence à chanter des thèmes d’actualité au sein du Centre d’animation de l’Epée-de-Bois, puis décide s’installer dans la région nantaise où il se produit aussi bien dans de petits cabarets que dans des usines, des maisons de jeunes ou des festivals. S’ouvrant à la fois à la musique contemporaine et à celles de la Grèce antique, de l’Inde ou des traditions celtiques, il explore les structures électroacoustiques, perfectionne sa technique vocale (chantant Homère en grec ancien et utilisant des langues archaïques) et finit par se spécialiser dans la harpe celtique “ pour libérer sa voix et donner un nouvel espace à son chant ”. Après avoir chanté 12 poèmes en langue française (Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Louise Labé, Nerval, Villon, Hugo et Christine de Pisan), il a également consacré un album entier au grand poète turc Yunus Emré.
JAMES OLLIVIER
Né en 1935, à Reims, dans la Marne.
Comédien de formation, élève du cours Simon et de Jean Dasté, il débute sur les planches à la Comédie de Saint-Etienne où il interprète Brecht, Shakespeare, Dostoïevski, Molière, etc. avant de se fixer à Paris où il travaille avec Sacha Pitoëff, Jacques Fabri et Marie Bell qui lui offre son premier rôle chantant dans La voleuse de Londres. Séduit par l’univers de la chanson, il met alors en musique des poètes tels que Verlaine, Aragon, Apollinaire, Desnos, Rimbaud, Bérimont, Supervielle, Cadou, Char, Seghers, etc. Participant régulièrement aux activités de “ La Fine Fleur de la Chanson ” de Luc Bérimont, son premier disque, sorti en 1964, recevra le Grand Prix de l’Académie du Disque Français, en 1964. Son abondante discographie (où figurent également quelques albums pour enfants) lui vaudra de multiples récompenses, dont le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, en 1969. Se produisant régulièrement dans les organismes culturels français du monde entier, il sera considéré comme un remarquable ambassadeur de la chanson, jusqu’à sa disparition en octobre 1997.
CLAUDE VENCE
Né en 1937, à Marseille.
Remarquable compositeur auquel nous devons quelques unes des plus belles mélodies écrites sur des poèmes de Boris Vian ou Jean Roger Caussimon, il étudie le piano dès l’âge de sept ans. Formation classique qui, outre la technique instrumentale, lui permet d’approfondir le contrepoint et l’harmonie. En tant que chanteur, il commence à se produire dans les cabarets parisiens, à partir de 1963. Après deux premiers 45 tours, un album sort, chez Barclay, sur des orchestrations de William Sheller (1974). Depuis, ses chansons ont été reprises par des interprètes tels que Joan Baez, Catherine Sauvage, Magali Noël ou le comédien Claude Piéplu. Lui-même continue de donner de nombreux récitals, tant en France qu’à l’étranger (Florence, Moscou, etc.), chantant Boris Vian, une sélection de poètes allant De Louise Labé à Léo Ferré ou un choix de textes de divers écrivains européens, intitulé Par Monts et par Mots.
MICHEL VIVOUX
Né en 1952, à Meknès.
Chante depuis la fin des années 60 et le joli printemps que l’on sait. A tout fait : de la manche aux terrasses des bistrots aux scènes des festivals les plus prestigieux (Printemps de Bourges en 1979 et 1980). Guitariste émérite, aux styles multiples (blues, folk, swing manouche), son écriture s’appuie le plus souvent sur un sens de la parodie flirtant avec le dérisoire et la provocation iconoclaste. Si son accent du Sud-Ouest et sa diction rocailleuse ne sont pas sans faire songer à Nougaro, ses principales influences d’auteur sont cependant à rechercher du côté de chez Brassens, Lapointe ou Ferré. Huit albums au compteur, à ce jour, dont une grosse compilation récapitulative des premiers opus.
Les ENREGISTREMENTS & Les MUSICIENS
* Gérard PARIS - p 1997.
Orchestre sous la direction de Jean-Michel Defaye.
** Claude VENCE - p 2003.
Enregistré au studio Bécarre (Asnières) par Gérard Granier. Piano & chant : Claude Vence.
*** LOUISE HÉLÈNE France - p 1968.
Enregistrée et mixée au studio Madeleine (Bruxelles). Contrebasse : Didier Levallet. Guitare : Julos Beaucarne.
**** RÉVOÉ - p 1986.
Enregistrée et mixée en 1986 au studio Adam (Paris) par Madeleine et Philippe Beaucamp. Réalisation artistique : Kirjuhel. Violon et arrangement pour violon et violoncelle : Hugo Crotti-Lovera. Violoncelle :Jean Barthe. Guitare : Kirjuhel.
+ LA MÉMOIRE ET LA MER - p 1984.
Enregistrement au Théâtre des Champs-Elysées. Piano : Léo Ferré.
++ LA MÉMOIRE ET LA MER - p 1986.
Enregistrement au TLP Déjazet. Piano : Léo Ferré.
+++ EPM / TANBUR - p 2003.
Enregistrées et mixées en février 2003 au studio Baltimore (46260 Limogne) par Serge Bouzouki. Direction artistique et réalisation : Marc Robine.
Guitares espagnole et folk, claviers : Hélène Triomphe. Accordéon diatonique : Patrice Lacaud. Violon : Patrick Le Mercier. Saxophone et flûte : Patrick Hamel. Piano : Dominique Charnay. Vielle à roue : Marcel Lasson. Guitare : Michel Vivoux. Bouzouki, mandoline, tanbur, guitare, basse, accordéon, udu, claviers et chœurs : Serge Bouzouki. Guitare ténor et guimbarde : Marc Robine.
++++ EPM / TANBUR - p 2003.
Enregistrées et mixées en février 2003 au studio Baltimore (46260 Limogne) par Serge Bouzouki. Direction artistique et réalisation : Marc Robine.
Piano : Bérénice Degioanni - enregistré au studio Bopcity (Le Pré Saint-Gervais), par Max Jesion.
° DES MOTS POUR CHANTER - p 1988.
Orchestre de la Société des Concerts d’Orléans, sous la direction de Pierre-Alain Biget.