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Boris VIAN
(1920-1959)
Né en 1920, Boris Vian est le second des quatre enfants d’une famille aisée dont la fortune s’évapore avec la crise de 1929. En dépit de l’affection cardiaque qui se manifeste dès sa douzième année, il effectue un parcours scolaire brillant qui le mène en 1939 à l’École Centrale.
En 1937, ayant découvert le jazz, il débute l’apprentissage de la trompette. Ses ennuis de santé lui épargnent l’incorporation et le STO. Marié en 1941, il trouve un emploi d’ingénieur qu’il exerce jusqu’en 1947. Il fonde en 1942 avec ses frères et le clarinettiste Claude Abadie un ensemble de style Dixieland. À la sortie de la guerre, il entame en 1946 une importante activité de chroniqueur pour le magazine Jazz Hot . Avec son orchestre, il devient l’incontournable animateur des nuits du « Tabou » en 1947, puis en 1948 du « Club Saint-Germain », que fréquente le Tout-Paris artistique et littéraire. Boris Vian y reçoit Duke Ellington, Charlie Parker, Kenny Clarke, Miles Davis.
Fin 1946, il publie sous le nom de Vernon Sullivan une parodie de roman noir américain J’irai cracher sur vos tombes. Ce livre, qui à ses yeux « ne mérite guère que l’on s’y attarde », provoque un assaut de protestations pour outrage aux mœurs et le succès de scandale permet de dépasser très largement les 100 000 exemplaires vendus.
Paraissent aussi chez Gallimard, grâce au soutien de Raymond Queneau L’Écume des jours puis Vercoquin et le plancton, mais sans soulever beaucoup d’intérêt. Situation que Boris Vian supporte de moins en moins bien, d’autant que même sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, le succès ne se renouvelle pas. Il mène de 1950 à 1955 une existence difficile de journaliste, de pigiste pour Constellation, France-Dimanche, Ici Police , et de traducteur (notamment du Monde des À de Van Vogt, qui lui est confié en raison de son vif intérêt pour la science-fiction).
Il écrit des scénarios de films : aucun ne voit le jour ; des pièces de théâtre : seule L’Équarrissage pour tous est montée en 1950. En dehors de quelques enthousiastes dont Jean Cocteau qui la compare aux Mamelles de Tirésias d’Apollinaire, l’accueil est négatif. Cependant elle vaut à Boris Vian de devenir membre à partir de 1952 du Collège de Pataphysique. Cette année-là, il divorce de son épouse Michèle. La séparation d’avec ses deux enfants Patrick (né en 1942) et Carole (née en 1948), le plonge dans une période dépressive durant laquelle sont écrits la plupart des poèmes du recueil posthume Je voudrais pas crever.
1953, nouvel échec avec son roman L’Arrache-cœur . Boris Vian, qui depuis 1944 écrit des chansons et dont l’une — « C’est le be-bop » — est enregistrée par Henri Salvador dès 1950, décide d’aller plus avant dans cette voie. Il est encouragé par l’incontestable succès rencontré durant l’été par le spectacle de plein air Le Chevalier à la rose qu’il écrit avec Georges Delerue pour la ville de Caen. S’enclenche alors à une activité musicale tous azimuts.
Ainsi écrit-il plus de 60 chansons en 1954, 40 en 1955, 60 en 1956, 50 en 1957, plus de 130 en 1958, parmi lesquelles il faut compter de nombreuses adaptations de succès étrangers. De janvier 1955 à mars 1956, Vian interprète lui-même ses œuvres, sans grand résultat. Le disque Chansons possibles et impossibles ne se vend qu’à 300 exemplaires et sur scène, il doit affronter son trac et les chahuts organisés par d’anciens combattants contre « Le Déserteur ». Parallèlement, il crée en 1955 et dirige les collections « Jazz pour tous » et « Philips Réalités », avant d’être nommé directeur artistique adjoint du secteur « variétés » de Philips. Entre-temps, il concocte avec Mig Bike (Michel Legrand) et Henry Cording (Henri Salvador) les 4 premiers rock and roll français. Il adapte aussi une trentaine de contes de Grimm et d’Andersen qu’il fait enregistrer illico. Et la liste de ses réalisations est bien loin d’être close. En 1958 il devient l’un des responsables de la maison de disques Fontana qu’il quitte en 1959 pour Barclay afin de se recentrer sur le jazz, non sans avoir publié un pamphlet sur le monde du show-biz : En avant la zizique… et par ici les gros sous, et écrit le livret de l’opéra Fiesta sur une musique de Darius Milhaud. Il participe à la sortie du premier 33 tours de Serge Gainsbourg, signe encore une quarantaine de chansons avant d’être victime d’une crise cardiaque le 23 juin 1959, durant la projection du film réalisé sans son accord à partir de J’irai cracher sur vos tombes.
L’animateur de club de jazz est célèbre, le directeur artistique réputé, l’auteur sous pseudonyme connaît le succès, l’adaptateur de chansons est avec « La Marche des gosses » co-signataire d’un « tube » , mais aucune des œuvres auxquelles Boris Vian est véritablement attaché — celles que traverse un souffle d’anarchie, celles qui foisonnent de trouvailles poétiques, celles dénonçant l’absurdité de la condition humaine — ne rencontre véritablement le public de son vivant.
Il s’en est fallu de très peu — trois ans ! — pour qu’advienne le temps de la reconnaissance. En 1962, débute la réédition de l’œuvre romanesque avec L’Arrache-cœur. En 1963, le succès rencontré par la nouvelle parution de L’Écume des jours, puis en 1964 celui qu’obtient sur la scène internationale la reprise du « Déserteur » par le groupe Peter Paul and Mary, amplifient les signes annonciateurs d’une gloire posthume qui non seulement ne s’est jamais démentie depuis, mais n’a cessé de s’amplifier.